
Depuis fin septembre 2026, un hôtel situé dans l'Espace économique européen peut afficher un prix plus bas sur son propre site sans perdre l'accès au programme Booking Sponsored Benefit (BSB). C'est le résultat d'un dialogue réglementaire entre Booking.com et la Commission européenne, conduit au titre du Digital Markets Act (DMA) et rendu public le 28 septembre 2026.
Pour l'hôtelier, déjà tenu par de nombreuses règles d'exploitation, la question n'est plus de savoir si la parité tarifaire est interdite : elle l'est en France depuis 2015. La vraie question est de savoir comment tirer parti de cette liberté sans subir les effets détournés des programmes de visibilité des plateformes. Cet article fait le point sur le cadre juridique, sur ce qui change concrètement et sur les réflexes à adopter.
La liberté de fixer ses prix ne repose pas sur un texte unique. Elle résulte de l'empilement de règles françaises et européennes, adoptées à des époques différentes et sanctionnées par des autorités différentes.
Le DMA a apporté un changement d'échelle. Booking Holdings a été désigné contrôleur d'accès pour Booking.com le 13 mai 2024 et doit respecter l'ensemble de ses obligations depuis le 14 novembre 2024. L'interdiction vise les clauses de parité mais aussi toute mesure ayant le même effet, ce qui ouvre la porte au contrôle des mécanismes indirects.
Le Booking Sponsored Benefit est une remise que Booking.com applique au prix affiché au voyageur et qu'elle finance elle-même. L'hôtel encaisse le tarif qu'il a fixé et sa commission ne change pas. Sur le papier, personne n'y perd.
Le problème tenait aux critères d'éligibilité. Jusqu'en septembre 2026, Booking.com tenait compte des prix observés hors de sa plateforme pour décider si un établissement pouvait bénéficier du BSB. Un hôtel moins cher en direct risquait donc de perdre ce coup de pouce commercial et la visibilité qui l'accompagne.
Le mécanisme était d'autant plus singulier que les autres programmes avaient déjà été mis en conformité. Les prix externes n'étaient plus pris en compte ni pour le classement par défaut, ni pour l'accès à Genius, Preferred et Preferred Plus. Le BSB restait la dernière incitation à aligner ses tarifs sur ceux de Booking.com : aucune clause ne l'imposait, mais l'hôtelier qui baissait son prix direct en payait le prix en visibilité.
La fiche publiée par la Commission le 28 septembre 2026 décrit quatre séries de changements, applicables à tous les établissements de l'EEE.
Ces changements ont été adoptés volontairement par Booking.com, à l'issue du dialogue réglementaire. Ils ne résultent pas d'une décision de sanction.
L'annonce européenne s'ajoute à une procédure française distincte. Le 3 juillet 2025, la DGCCRF a enjoint à Booking.com de mettre ses conditions générales de prestations en conformité avec le règlement P2B et le Code de commerce, au plus tard le 31 décembre 2025. Elle relevait des clauses manifestement déséquilibrées au détriment des hôteliers français, notamment en matière de liberté commerciale et tarifaire. À défaut de mise en conformité, une astreinte journalière pouvant atteindre au total 69,35 millions d'euros était encourue.
Booking.com a contesté les conclusions de l'enquête, mais a modifié ses clauses. Selon la DGCCRF, les nouvelles stipulations sont entrées en vigueur le 29 janvier 2026. L'administration a précisé qu'elle resterait vigilante sur leur conformité et sur leur application effective.
Les deux démarches se complètent. La procédure française porte sur le contenu du contrat ; le dialogue européen porte sur les pratiques commerciales qui produisent les mêmes effets qu'une clause. La Commission a d'ailleurs rappelé que ses mesures sont sans préjudice des procédures conduites par les autorités nationales.
La réforme lève une contrainte, mais elle laisse intact le cœur du modèle. Le BSB reste une remise financée par la plateforme, qui peut rendre l'offre Booking.com plus attractive que l'offre directe de l'hôtel, même lorsque celui-ci a fixé un prix plus bas sur son site.
Le scénario est connu : un client qui aurait réservé en direct passe par la plateforme parce que la remise y est plus visible. L'hôtel verse alors une commission sur une vente qu'il aurait pu conclure seul. Ce coût augmente si l'établissement participe à des programmes de visibilité renforcée, dont la commission est plus élevée.
Enfin, l'hôtelier n'est pas consulté réservation par réservation sur l'application du BSB : son accord résulte de l'acceptation générale des conditions de la plateforme. La liberté de fixer ses prix ne lui donne donc pas la maîtrise du prix final affiché au voyageur sur Booking.com.
Le choix dépend de l'objectif : faire cesser une pratique, obtenir une indemnisation ou peser dans une négociation. Un avocat en droit de l'hôtellerie peut vous aider à qualifier la situation et à rassembler les preuves avant d'agir.
Oui. En France, le Code du tourisme le garantit depuis 2015 et toute clause contraire est réputée non écrite. Dans toute l'Union, le DMA interdit à Booking.com de l'empêcher, directement ou par des mesures ayant le même effet.
C'est une remise appliquée par Booking.com sur le prix affiché au voyageur et financée par la plateforme. L'hôtel perçoit son tarif et sa commission reste inchangée.
Non, selon les engagements décrits par la Commission le 28 septembre 2026. Les prix externes ne sont plus un critère d'éligibilité au BSB, ni d'ailleurs au classement par défaut ou aux programmes Genius, Preferred et Preferred Plus.
Le Code du tourisme s'applique à toute plateforme de réservation hôtelière, quel que soit son lieu d'établissement, dès lors que l'hôtel est situé en France. Les obligations du DMA, en revanche, ne visent que les plateformes désignées comme contrôleurs d'accès.
Conservez les preuves, interrogez la plateforme par écrit, puis évaluez avec votre conseil l'opportunité d'un signalement à la DGCCRF ou à la Commission, ou d'une action en justice.
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