Sommaire
- LCB-FT dans le luxe : leçons d’une sanction historique et obligations clés pour les professionnels en 2025
- Introduction : quand le luxe devient la cible des régulateurs
- Qui est assujetti aux obligations LCB-FT dans le luxe ?
- Un cas d’école : quand l’assujettissement est ignoré
- Les obligations méconnues par les professionnels du secteur
- Pourquoi ces obligations sont-elles cruciales pour le luxe ?
- Comment se mettre en conformité ? Trois actions prioritaires
- Le luxe n’échappe plus aux contrôles, vous êtes prévenus.
- Références :

LCB-FT dans le luxe : leçons d’une sanction historique et obligations clés pour les professionnels en 2025
Introduction : quand le luxe devient la cible des régulateurs
Alors que le secteur du luxe n’avait jamais été sanctionné avant février 2024, la Commission nationale des sanctions (CNS) vient d’imposer une troisième amende en juin 2025. Une maison d’exception, spécialisée dans l’horlogerie haut de gamme, la joaillerie et les accessoires de luxe, a écopé d’une interdiction d’activité avec sursis pour ses dirigeants et d’une amende globale de 240 000 euros, assortie d’une publication anonyme de la décision dans la presse spécialisée. Le motif ? Des manquements graves et répétés aux obligations de lutte contre le blanchiment de capitaux et le financement du terrorisme (LCB-FT). Ce cas, révélé par une enquête de la DGCCRF, sert aujourd’hui de référence pour illustrer l’intolérance nouvelle des autorités à l’égard des lacunes dans un secteur particulièrement exposé : celui du luxe.
Pourquoi une telle sévérité ? Le luxe, avec ses transactions à haute valeur ajoutée, sa clientèle internationale et ses paiements en espèces, est un terrain propice aux activités illicites. Les régulateurs français, alignés sur les directives européennes et les recommandations du GAFI, ont décidé de durcir le ton. La décision de la CNS envoie un message clair : les professionnels du secteur ne peuvent plus se contenter de mesures superficielles. Ils doivent maîtriser sur le bout des doigts les règles LCB-FT, sous peine de sanctions lourdes — juridiques, financières et réputationnelles.
Mais avant d’analyser les erreurs commises, revenons aux fondamentaux : qui est concerné par ces obligations, et à partir de quand ?
Qui est assujetti aux obligations LCB-FT dans le luxe ?
Le Code monétaire et financier (CMF) compte parmi les critères d’assujettissement à la LCB-FT : toute personne acceptant des paiements en espèces ou en monnaie électronique d’un montant supérieur à 10 000 euros par opération — ou par opérations liées. Ce seuil, défini à l’article L. 561-2 (11°) du CMF, s’applique dès qu’une transaction ou une série de transactions apparentées (par exemple, plusieurs achats rapprochés pour un même client) dépasse ce montant.
Dans le luxe, où les montres, bijoux ou œuvres d’art ont intrinsèquement des valeurs élevées, ce critère concerne une part significative des activités. Mais ce n’est pas le seul.
L’article L. 561-2 du CMF dresse une liste exhaustive des professions soumises aux obligations LCB-FT. Dans le secteur du luxe, sont notamment visés :
- Les marchands de biens (bijoux, pierres précieuses, montres, objets d’art) ;
- Les intermédiaires en opérations de vente ou d’achat (galeries, maisons de ventes aux enchères) ;
- Les professionnels exerçant une activité commerciale impliquant des transactions à haut risque, comme les paiements en liquide ou les transferts de valeurs.
Contrairement à une idée reçue, ces obligations ne se limitent pas aux banques ou aux notaires. Un joaillier parisien, une maison d’horlogerie suisse implantée en France, ou une galerie d’art proposant des pièces à plus de 10 000 euros doivent se conformer aux mêmes règles que les établissements financiers. La DGCCRF l’a rappelé dans son communiqué de 2025 : « Près d’une quinzaine de secteurs d’activité, représentant plus de 200 000 professionnels en France, sont assujettis à la réglementation LCB-FT. » Parmi eux, les acteurs du luxe occupent une place centrale, en raison de leur exposition aux risques de blanchiment.
Un cas d’école : quand l’assujettissement est ignoré
La maison sanctionnée en juin 2025 — une SAS au chiffre d’affaires annuel oscillant entre 77 et 83 millions d’euros, avec une clientèle étrangère majoritaire (60 % hors de France) — était clairement concernée. Pourtant, ses dirigeants ont sous-estimé l’étendue de leurs obligations, pensant à tort que leur activité échappait aux contrôles stricts réservés aux secteurs financiers.
Les obligations méconnues par les professionnels du secteur
- L’identification et la vérification des clients : une étape systématique, pas optionnelle
L’article L. 561-5 du CMF impose aux professionnels d’identifier leur client avant toute transaction, et de vérifier son identité à l’aide de documents officiels (passeport, carte d’identité, statuts pour les personnes morales). Pour les opérations en espèces supérieures à 10 000 euros, cette obligation est absolue.
Ce qui a été reproché à l’entreprise :
- Absence de pièces d’identité dans 14,2 % des dossiers contrôlés, alors que la loi exige une conservation systématique.
- Défaut de mise à jour des informations clients, y compris pour des transactions répétées et de très haut montant. Par exemple, un client avait effectué 12 paiements en espèces sur 15 mois, pour un total de 972 000 euros, sans que l’entreprise ne vérifie l’origine des fonds ou la cohérence de ces sommes avec sa situation déclarée.
- Aucune traçabilité des bénéficiaires effectifs pour les achats réalisés via des sociétés écrans ou des intermédiaires.
Pourquoi c’est grave ? Ne pas identifier correctement un client, c’est prendre le risque de faciliter une opération de blanchiment. La CNS a souligné que « l’absence de vigilance constante » constituait une circonstance aggravante, d’autant plus que certains clients résidaient dans des pays sous surveillance renforcée (Mali, Maroc, Sénégal).
- Les personnes politiquement exposées (PEP) : un risque majeur, une vigilance insuffisante
Les personnes politiquement exposées (PEP) — dirigeants politiques, hauts fonctionnaires, ou leurs proches — font l’objet d’une attention particulière en raison de leur exposition aux risques de corruption. Le CMF (articles L. 561-10 et R. 561-20-2) impose des mesures de vigilance renforcée pour ces clients :
- Approbation par la direction avant toute transaction ;
- Recherche systématique de l’origine des fonds ;
- Surveillance accrue de la relation d’affaires.
L’erreur commise : L’entreprise a réalisé des transactions avec un député d’un pays africain sans appliquer ces procédures. Pire, elle n’avait même pas intégré de question sur le statut PEP dans ses formulaires d’identification client. Un manquement d’autant plus lourd que le GAFI et la Commission européenne publient régulièrement des listes de PEP à surveiller.
- Le gel des avoirs : une obligation méconnue, mais sanctionnée
Les articles L. 562-4-1 et R. 562-1 du CMF obligent les professionnels à geler immédiatement les avoirs en cas de signalement par les autorités (sanctions internationales, listes noires). Or, l’entreprise contrôlée n’avait aucune procédure interne pour appliquer ces mesures. Résultat : elle s’est exposée à des risques de complicité de blanchiment, avec des conséquences potentielles bien plus lourdes que les sanctions administratives.
- La cartographie des risques : l’outil manque à l’appel
Toute entreprise assujettie doit établir une cartographie des risques, identifiant les vulnérabilités spécifiques à son activité (articles L. 561-4-1 et R. 561-38). Cette analyse doit couvrir :
- La nature des produits (les montres de luxe sont-elles plus à risque que les accessoires ?) ;
- Les canaux de distribution (les ventes en boutique sont-elles plus exposées que les ventes en ligne ?) ;
- Les profils clients (une clientèle majoritairement étrangère implique-t-elle des risques accrus ?) ;
- Les zones géographiques (certains pays sont-ils plus risqués que d’autres ?).
Le constat des contrôleurs : Aucun document formalisé ne retraçait ces risques. Les dirigeants ont tenté de se défendre en invoquant l’existence d’un manuel de procédures… mais celui-ci était incomplet et non adapté à la réalité de l’entreprise.
Pourquoi ces obligations sont-elles cruciales pour le luxe ?
Un enjeu de survie économique
Les sanctions prononcées en 2025 (interdiction d’activité, amendes, blâme public) montrent que les autorités ne plaisantent plus. Mais au-delà des risques juridiques, c’est la réputation des maisons de luxe qui est en jeu. Une condamnation, même anonyme, peut dissuader une clientèle exigeante et sensible à l’éthique.
Un impératif stratégique
Se conformer aux règles LCB-FT, c’est aussi :
- Protéger son activité contre les fraudes et les détournements ;
- Renforcer la confiance des investisseurs et des partenaires ;
- Anticiper les contrôles, de plus en plus fréquents et ciblés.
Comment se mettre en conformité ? Trois actions prioritaires
- Auditer son dispositif actuel : identifier les lacunes en matière d’identification client, de gestion des PEP, et de gel des avoirs.
- Former ses équipes : chaque collaborateur doit connaître les obligations LCB-FT et savoir réagir en cas de doute.
- Documenter ses procédures : une cartographie des risques à jour et des preuves de vigilance (copies de pièces d’identité, déclarations de soupçon, etc.) sont indispensables en cas de contrôle.
Le luxe n’échappe plus aux contrôles, vous êtes prévenus.
Le cas sanctionné en juin 2025 doit servir d’électrochoc. Le luxe n’est pas à l’abri des règles LCB-FT — bien au contraire. Les professionnels du secteur ont tout intérêt à anticiper plutôt qu’à subir, en intégrant ces obligations dans leur gestion quotidienne.
Prochaine étape ? Consultez les ressources officielles (ACPR, DGCCRF, Tracfin) ou faites appel à un expert pour évaluer votre conformité. Dans un environnement réglementaire de plus en plus strict, la vigilance n’est plus une option, mais une nécessité.
Références :

Cet article a été écrit par Lior Delfassy Avocat Associé chez NOVLAW Avocats intervient principalement en Sanctions x Contrôle des exportations et LCB-FT et Conformité Réglementaire.
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