Peut-on, en droit, appliquer un taux de TVA différent selon qu’un plat est « fait maison » ou non ?
Les contraintes du droit européen de la TVA
La TVA est encadrée par la directive 2006/112/CE. Deux règles clés :
- Les États membres appliquent un taux normal unique pour l’ensemble des livraisons de biens et des prestations de services.
- Ils peuvent appliquer deux taux réduits pour certains biens, parmi lesquels figurent les services de restaurant et de restauration.
La CJUE comme l’administration fiscale française insistent sur le principe de neutralité fiscale : des biens ou services semblables, se trouvant en concurrence, ne peuvent être soumis à des taux de TVA différents sans justification objective.
Toute la question devient donc : un repas « fait maison » est-il juridiquement différent, au regard de la TVA, d’un repas « non fait maison » ?
- La CJUE admet que l’on puisse limiter un taux réduit à des « aspects concrets et spécifiques » d’un même item de l’annexe III ;
- Mais elle reste stricte sur la nécessité de ne pas stigmatiser des prestations similaires simplement en fonction du statut ou de la structure du prestataire
En pratique, un schéma de TVA « fait maison » devrait donc :
- Reposer sur des critères objectifs et vérifiables (ex. pourcentage de produits bruts, cuisine sur place, absence de produits ultra-transformés) ;
- Être accessible à tous les opérateurs, y compris une chaîne qui se convertit au « fait maison » afin de ne pas être ;
- Éviter d’être formulé comme une opposition « gastronomie vs fast-food » avec un certain dénigrement à l’endroit de ce dernier.
À défaut de prendre de telles précautions, le risque de contentieux (internes ou européens) sera élevé.
En droit interne
Sur le plan interne, le législateur dispose déjà de marges de manœuvre : la France applique depuis 2009 puis 2014 divers taux réduits dans la restauration, au prix de dispositifs fiscaux parfois critiqués comme coûteux et peu efficaces.
Les évaluations ex post de la baisse de TVA de 2009 (de 19,6 % à 5,5 % sur la restauration sur place) sont sévères :
- l’INSEE et l’Institut des Politiques Publiques montrent que la réduction de TVA a très peu été répercutée sur les prix, les gains ayant principalement bénéficié aux restaurateurs ;
- la mesure est jugée « coûteuse pour les finances de l’État et inefficace économiquement » par la Cour des comptes, ce qui explique le retour à 10 % en 2014.
Une nouvelle TVA réduite ciblée sur le « fait maison » sera sans doute confrontée à ces écueils : L’État demandera des garanties d’efficacité là où l’expérience 2009-2014 plaide plutôt pour la prudence.