

Sur un chantier de travaux publics ou une opération de construction, la coexistence de plusieurs entreprises titulaires de différents lots est la règle plutôt que l’exception.
Dès lors, une question aussi pratique que sensible se pose : qui doit payer les frais communs indispensables au bon déroulement des travaux (installations de chantier, gardiennage, nettoyage des parties communes, consommation d’eau ou d’électricité), et selon quelles modalités ?
C’est précisément pour répondre à cette problématique qu’a été développé le mécanisme du compte prorata.
Cet outil de gestion financière inter-entreprise permet de mutualiser les dépenses communes afin d'en répartir le coût au prorata de l'intervention de chacun.
Pourtant, bien qu'il soit un dispositif essentiel dans la vie du chantier, le compte prorata dans les marchés publics ne bénéficie d'aucun encadrement juridique prévu par le Code de la commande publique ou par le CCAG-Travaux.
Face à ce vide juridique, et derrière son apparente simplicité, la gestion de ces frais partagés peut soulever de véritables enjeux financiers, opérationnels et contentieux, tant pour les acheteurs publics que pour les entreprises titulaires. Comment le mettre en place ? Qui le gère ? Comment réagir en cas d'impayé ?
À travers ces 10 questions essentielles, découvrez les clés pour comprendre, organiser et sécuriser juridiquement le compte prorata sur vos chantiers.
Le compte prorata est un outil de gestion financière inter-entreprises consistant à mutualiser les dépenses communes (base de chantier, fluides, gardiennage) que les différents intervenants à une même opération vont supporter en commun, afin d’en répartir le coût entre eux, au prorata de leur intervention.
Le compte prorata n’est pas une obligation légale mais une pratique qui résulte d’une volonté contractuelle.
La volonté (et l’organisation) des parties est au cœur de ce mécanisme puisque la validité, l’opposabilité et la gestion d’un tel compte relèvent essentiellement de la volonté des parties et des stipulations contractuelles.
Pour autant, ce dispositif, essentiel dans la vie du chantier, ne bénéfice d’aucun encadrement juridique prévu par le Code de la commande publique, ou dans le CCAG-Travaux.
Or, derrière son apparente simplicité, le compte prorata peut soulever de véritables enjeux juridiques, financiers et opérationnels, tant pour les acheteurs publics que pour les entreprises titulaires.
Le compte prorata a finalité de mutualiser les coûts de fonctionnement d’un chantier afin de garantir que chaque entreprise impliquée sur l’opération contribue de manière équitable (au prorata) aux dépenses communes nécessaires au bon déroulement des travaux.
La mise en place d’un compte prorata poursuit ainsi plusieurs objectifs, qui présentent des avantages opérationnels et financiers majeurs :
Ces objectifs, s’ils présentent des bénéfices évidents, ne sauraient être atteints sans une organisation précise du dispositif.
Le compte prorata constitue un instrument de gestion incontournable sur les opérations de construction et les chantiers.
Bien qu’essentiel, il souffre d’une absence de consécration juridique et donc d’encadrement.
Aucun texte législatif ni réglementaire n'encadre expressément le mécanisme du compte prorata dans la commande publique.
Les dispositions du Code de la commande publique ne comportent aucune règle particulière sur ce dispositif.
Ce vide juridique n’est pas non plus comblé par les CCAG travaux lesquels définissent les règles générales applicables à ces marchés publics. En effet, aucune disposition du CCAG Travaux 2009, ni du CCAG Travaux 2021 n'encadre le fonctionnement du compte prorata.
Dans la pratique, c’est souvent la norme AFNOR NF P03-001 applicable aux marchés privés de travaux qui sert de référence puisqu’elle mentionne expressément le compte prorata (article 14).
Face à l’absence de cadre législatif, à la multiplication des zones d’incertitudes et aux conséquences susceptibles d’en résulter, la sécurisation du compte prorata s’avère indispensable, principalement par le biais d’une contractualisation rigoureuse (cf. ci-dessous).
En pratique, sont généralement portées sur le compte prorata les dépenses suivantes non exhaustivement énumérées :
Concrètement, dans la mesure où le compte prorata repose sur un mécanisme de mutualisation et de répartition des dépenses communes, organisé en amont et exécuté tout au long de la durée du chantier, sa mise en œuvre peut se décliner en plusieurs étapes :
Le fonctionnement du compte prorata repose donc sur un système de collecte des charges communes, organisé selon des règles contractuelles précises. Toutefois, ce mécanisme ne saurait produire ses effets sans un pilotage rigoureux, tant sur le plan financier que sur le plan opérationnel.
Généralement, dans le cadre d’une opération de travaux réalisée sous la forme d’un marché public alloti, le cahier des clauses administratives particulières (CCAP) peut expressément prévoir le recours à un compte prorata afin d’organiser la prise en charge de certaines dépenses communes au chantier.
Ces stipulations ont vocation à s’appliquer à l’ensemble des titulaires des différents lots.Chaque titulaire accepte donc le principe de sa participation au compte prorata ainsi que les modalités de répartition des charges qui y sont associées.
La gestion du compte prorata est confiée à l’entreprise désignée par les pièces du marché, en général le titulaire du lot principal, notamment le gros œuvre.
Cette entreprise assure alors le pilotage du dispositif et elle est généralement rémunérée au titre d’une prestation de gestion, sur la base d’un pourcentage des dépenses gérées.
Le gestionnaire du compte prorata met généralement en place les équipements nécessaires au fonctionnement collectif du chantier (bases vie, installation de chantier, raccordement, etc.), puis refacture leur coût aux autres titulaires au prorata de l’utilisation ou selon le pourcentage de répartition prévue.
La gestion du compte prorata peut également être confiée à un tiers, en particulier à une société spécialisée dans la gestion du compte prorata.
Quel qu’il soit, le gestionnaire du compte prorata a trois missions principales clés (indépendamment de la mise en œuvre des installations et services communs) :
En effet, face à l’absence de cadre législatif, la sécurisation du compte prorata repose principalement sur une contractualisation rigoureuse. Ainsi, plusieurs leviers peuvent être mobilisés afin de limiter les risques et sécuriser l’utilisation du compte prorata au sein des marchés publics :
En définitive, si le compte prorata est dépourvu d’un cadre législatif qui lui est propre, il n’en reste pas moins que de nombreux outils permettent de sécuriser le dispositif, d’en renforcer la stabilité juridique et de prévenir les conflits liés à sa gestion.
Toutefois, même lorsque ces règles sont établies, un risque majeur subsiste : le non-paiement de la part prorata par certaines entreprises.
Pour rappel, il appartient au gestionnaire du compte prorata de faire des appels de fonds visant à collecter les contributions des entreprises au compte prorata.
Le risque réside ici dans le défaut de paiement d’une part par une entreprise au gestionnaire du compte prorata.
À cet égard, la jurisprudence considère que le gestionnaire du compte prorata dispose, à défaut de clause contraire, de l’ensemble des droits attachés à sa créance. Il est donc recevable à agir en justice, en cours de chantier, en paiement des sommes dues par un entrepreneur au titre du compte prorata, sans être tenu de mettre en œuvre une procédure conventionnelle facultative de délégation de paiement (Cass., 3ème., 23 septembre 2020, n°19-18.266).
Par ailleurs, force est de souligner que le gestionnaire n’a pas, sauf convention spéciale ou faute caractérisée, la qualité de mandataire des autres intervenants sur un chantier (Cass., 3ème., 13 janvier 2010, n°08-70.097). En d’autres termes, le gestionnaire ne peut réclamer à une entreprise la part prorata d’une autre, sauf convention spéciale ou faute caractérisée.
Enfin, force est de souligner qu’il n’est pas admis, notamment par la jurisprudence, de solliciter le versement de la somme due par une entreprise au maître d’ouvrage. À cet égard, la jurisprudence est constante pour considérer que le compte prorata relève exclusivement des relations entre entreprises intervenantes sur le chantier, à l’exclusion du maître d’ouvrage (CA Rennes, 12 avril 2023, n°22/03807). Cette hypothèse est d’autant plus erronée même en présence d’une clause contractuelle expresse dans la convention de compte prorata, à laquelle le maître d’ouvrage n’est pas parti (TA Versailles, 25 octobre 2024, n°2102744).
La gestion d'un compte prorata et, plus largement, l'exécution financière d'un marché public de travaux exigent une rigueur juridique absolue pour éviter les litiges et les blocages en fin de chantier.
Le cabinet Novlaw Avocats accompagne au quotidien les acheteurs publics, les maîtres d'œuvre et les entreprises de construction dans la sécurisation de leurs opérations immobilières et publiques.
Associé du cabinet, Maître Laurent Bidault est avocat expert en droit public des affaires, de la commande publique et en droit de la construction. Avec son équipe, il vous guide à travers les complexités juridiques et opérationnelles de vos chantiers, tant en conseil stratégique qu'en contentieux.Notre accompagnement sur mesure :
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