L’instauration d’un numerus clausus pour les restaurants : la fausse bonne idée ?

L’instauration d’un numerus clausus pour les restaurants : la fausse bonne idée ?

Par Maître Baptiste Robelin , avocat spécialisé en droit de l’hôtellerie et de la restauration.

C’est une petite musique qui monte dans le débat public : introduire un numerus clausus pour limiter le nombre de restaurants , notamment dans les secteurs ou zones dans lesquels l’offre serait saturée.

Ceux qui prônent cette idée font un constat que nous ne pouvons que partager : chaque année, le nombre de restaurants explose, alors que les faillites d’entreprises se multiplient.

En 2024, on comptait ainsi en France un établissement pour 170 habitants, contre un pour 210 dix ans plus tôt.

S’agissant de la défaillance des entreprises du secteur,

un communiqué de presse en date du 11 juillet 2025 du groupement des hôtelleries et restaurants de France relève que :

  • « Le nombre de défaillances d’entreprises dans le secteur HCR ne cesse d’augmenter d’année en année :
  • En 2022 : 5 358 défaillances,
  • En 2023 : 7 990 défaillances, soit une augmentation de 46%,
  • En 2024 : 8 714 défaillances, soit une nouvelle augmentation de 10%. »

L’objectif du numerus clausus serait donc de réduire l’offre, afin d’accroître la demande pour ceux qui auraient bénéficié d’une forme de « permis d’exploiter ».

En tant qu’avocat expert dans le domaine, nous ne pouvons que mettre en garde contre ce qui apparaît comme une « fausse bonne idée » pour solutionner un « vrai problème ».

Indépendamment du fait que l’instauration d’un numerus clausus serait à l’évidence considéré comme inconstitutionnel (car contraire au principe de la liberté du commerce et de l’industrie), il s’agirait à l’évidence d’un mécanisme inefficace.

Concrètement, en droit, l’instauration d’un numerus clausus prendrait la forme d’une autorisation administrative qui serait sollicitée auprès de l’administration compétente (la Mairie, à priori) pour être autorisée à ouvrir son établissement.

La démarche ressemblerait nécessairement à quelque chose que les restaurateurs connaissent déjà la plupart du temps lorsqu’ils ont dû demander l’autorisation à la Mairie ou à la Préfecture pour transférer une licence IV, ouvrir une terrasse, ou purger un droit de préemption commercial pour acheter un fonds de commerce .

Ceux qui ont entrepris ces démarches ou sont passées par un cabinet d’avocats pour les réaliser le savoir : ces procédures administratives sont chronophages, coûtent de l’argent, et sont souvent réalisées « à l’aveugle », car la plupart du temps les administrations ne répondent pas (et les exploitants doivent s’en tenir à des autorisations tacites après plusieurs mois de patience).

Un numerus clausus reviendrait donc à conférer à l’administration un droit spécifique d’autoriser ou de non l’implantation d’un commerce, sur la base de critères qui restaient d’ailleurs à définir et dont on voit mal lesquels retenir.

Cela n’aurait à notre sens que pour effet de complexifier inutilement l’initiative entrepreneuriale , et donnerait forcément lieu à des contentieux administratifs multiples pour ceux qui n’auraient pas obtenu leur sésame : l’autorisation d’ouverture.

À l’heure où l’on parle de la nécessité de simplifier les démarches administratives pour redonner de l’essor à l’activité économique, cette forme nouvelle de régulation nous semble totalement aberrante et contreproductive.

L’instauration d’un diplôme spécifique pour devenir restaurateur pourrait éventuellement être une idée intéressante, même si, contrairement à ce qu’on lit ici et là, les restaurateurs ne sont pas « inattendus » de toute formation.

En effet, la plupart des chefs d’entreprises sont tenus de passer a minima la formation du permis d’exploitation pour servir de l’alcool et une formation hygiène pour la manipulation des denrées alimentaires (formation à la méthode HACCP pour au moins un membre du personnel).

Ceux qui prônent l’idée que le restaurateur devrait également suivre une formation spécifique en matière de management, marketing, etc., au motif qu’il s’agit d’un métier complexe et multitâches (il faut être à la fois chef de cuisine et chef d’entreprise) n’ont pas tort, mais cette remarque vaudrait alors pour toutes les entreprises.

Pourquoi plus le secteur de la restauration qu’un autre secteur d’activité ? Un entrepreneur qui développe des sites internet ou réalise des missions de conseil ne devrait-il pas plus être formé à la gestion, l’administration, la comptabilité, au management et au marketing ?

Enfin surtout, qu’entend-on par « restauration » ? Quelle forme devrait prendre le « diplôme de restaurateur » ?

S’il existe un secteur qui s’illustre par sa diversité, c’est bien celui-ci. Quel point commun entre un traiteur de cuisine chinoise, une dark kitchen de burgers et un restaurant gastronomique de cuisine traditionnelle française ?

Peut-on imaginer sérieusement que ces différents exploitants devraient suivre ensemble un cursus commun pour devenir restaurateurs et avoir l’autorisation d’ouvrir leur établissement ?

Ajoutons pour finir que les diplômes ne solutionnent pas tout : il existe des restaurants qui marchent très bien et qui sont dirigés par des personnes dépourvues de tout diplôme et, inversement, des structures qui périclitent alors qu’elles sont gérées par de grands cuisiniers formés dans de prestigieuses écoles d’hôtellerie-restauration.

À notre sens, c’est plutôt du point de vue des consommateurs qu’il convient de régler le problème, en jouant essentiellement sur la qualité de l’offre et la traçabilité des produits servis.

On en revient à un débat régulièrement mis sur le devant de la scène et dont aucun parti politique n’a réellement le courage de se saisir (la faute aux lobbys de l’industrie agroalimentaire?), celui du « fait maison » et des signes distinctifs à destination des consommateurs.

Aujourd’hui, le label « fait maison » ne veut pratiquement rien dire. Outre qu’il est inconnu du grand public, le logo peut être utilisé par tout exploitant qui transforme des produits crus sur place, produits qui peuvent en revanche parfaitement être surgelés.

Comme l’indique le site officiel de l’Administration sur ce point :

« Un plat « fait maison » n’est pas forcément un plat artisanal. Il peut en effet être produit en grande quantité de façon industrielle (restaurants de chaîne, restauration collective), et non par un artisan ».

Pour se distinguer, les restaurateurs qui proposent des plats réellement faits sur place à partir de produits frais, doivent se référer à d’autres appellations, encore moins connues du grand public, comme celles de « maître restaurateur » appellation qui, au demeurant, ne renvoie pas exactement à la question du « fait maison ».

Le flou artistique qui règne sur cette question ne permet pas aujourd’hui au consommateur de faire un choix éclairé, et met en concurrence des établissements qui jouent la carte de la qualité avec ceux qui servent des produits bas de gamme à des tarifs parfois extrêmement élevés.

C’est une forme de concurrence déloyale qu’il faut dénoncer et dont il faut s’alarmer, car elle nuit pour le coup fortement au secteur et fragilise un certain nombre d’entrepreneurs qui travaillent avec des convictions profondes et des valeurs, sans être récompensés de leurs efforts.

Mieux informer le consommateur et orienter son choix vers des établissements qui ont fait le choix de la qualité (qualité qui, de fait, a un coût) aurait déjà pour effet de permettre un « tri » salutaire entre les différentes offres.

Cette question au demeurant touche à d’autres notions qui ont aujourd’hui une place importante dans le débat public, comme l’écologie et la lutte contre la surconsommation.

Enfin, bien évidemment, rappelons que la « crise » de la restauration en cache une autre, celle du pouvoir d’achat.

Tant que cette question ne sera pas réellement traitée, avec une réflexion profonde pour augmenter les salaires (et permettre cette augmentation avec des allégements de charges par exemple) il ne faudra pas s’étonner de l’impact sur l’industrie de la restauration, qui est aussi une industrie du plaisir et des loisirs.

Il est évident que les foyers les plus modestes n’ont aujourd’hui pas les moyens de s’offrir un repas en extérieur et que la baisse de la consommation constatée cet été par les restaurateurs est également le résultat de la situation économique actuelle et de l’angoisse suscitée par la crise politique.

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